Et si...

« Do you know where you’re going to ? » me susurre Mariah à l’oreille. À vrai dire, pas vraiment. J’ai fui mon pays pour me reconstruire ailleurs, vivre une nouvelle vie, être une nouvelle moi, fonder cette famille dont j’ai toujours rêvé mais dont on m’assurait que la pouilleuse que je suis n’aurais jamais. Est-ce là une bonne raison de partir ?

Les fins d’années ont toujours été pour moi des moments particuliers où le temps est différent. Seuls moments où je voyais mon père, non pas un avec sourire faudrait pas déconner quand même, sans grimaces sur le visage. Détendus, des amis à la maison, nous ressemblions à une famille « normale ». Y repenser me fait toujours me rendre compte combien je n’étais pas à l’aise, alors que je le voulais tellement, dans cette ambiance de fête qui n’en était pas une. Comment rigoler avec des gens que tu ne connais pas/n’aimes pas ? Comme une sauce aigre-douce un peu trop aigre, ces souvenirs me laissent mi-figue mi-raisin. C’est aussi l’occasion pour moi de repenser à ma vie passée et future, ce que j’ai fait, d’où je viens et où je vais. Quand je suis allongée dans le noir, les loupiottes de ma guirlande électrique éclairant l’appartement, j’ai l’impression d’être dans un autre monde, un monde où j’ai le droit d’imaginer ce que je serais si…

 

Si mes parents n’étaient pas alcooliques. Si inviter des amis à la maison n’était pas le pire de mes cauchemars, m’imaginer une seconde qu’ils puissent savoir ce qu’il se passe vraiment derrière ces murs me foutaient la boule au ventre. Je n’aurais pas été cette fille bizarre qui devait aller chercher les bouteilles à la droguerie du coin et rentrer chez elle en passant dans les petites ruelles pour ne croiser personne. Je n’aurais pas eu peur d’avoir des amis, peur de leur montrer chez moi et eux n’auraient pas eu peur de moi. Si mes parents avaient été normaux…

Si je n’étais pas grande gueule. Si je ne me sentais pas obligée d’ouvrir ma bouche dès que quelque chose me dérange où tout simplement quand mon caractère de cochon se réveille. Je suis toujours la première à gueuler puis après à reconsidérer mes propos, heureusement que dire « désolée » ne me dérange pas vu le nombre de fois où j’ai du le faire…

Si j’étais tombée sur des gens biens, toute ma vie. Si la vie ne m’avait pas appris à me méfier des gens, des hommes, que leurs regards salaces et leurs mains baladeuses sont la pire des choses que peut vivre une femme, une petite fille…

Si j’avais eu de l’argent, j’aurais eu des vacances à raconter à chaque rentrée au lieu du boulot dans l’entreprise familiale à même pas 8 ans. Mes camarades m’auraient trouvée cool, j’aurais eu des choses à dire, j’aurais eu des gens à qui le dire ! La bibliothèque n’aurait pas été mon refuge. Tout, plutôt que de rentrer chez moi…

Ah, si ma vie avait été différente. Et si là, maintenant, je pouvais tout effacer et recommencer ? Oui, mille fois oui je referais tout. J’aime mon homme et cette famille qui va venir s’agrandir mais je suis sûre qu’ils pourraient être différents. La femme que je suis n’est pas bien au fond d’elle. Elle fait semblant, parfois non, parfois les souvenirs remontent et je sais que je serais toujours mal. Que, quoique la nouvelle vie que je me suis construite peut m’apporter en bonheur, je serais toujours cette petite fille qui pleure dans le coin de la cour de récré car personne ne veut lui parler.

Mais cela n’arrivera pas. Alors, tant que les loupiottes clignoteront je rêverais à cette autre vie et lorsque le minuteur s’arrêtera je retournerais à ma vie d’aujourd’hui. Je me glisserais dans les draps, mon homme me happera dans ses bras endormis et je fermerais cette parenthèse. Rêver au passé ne m’empêche pas de construire le meilleur des futurs pour ma famille et d’avancer parce qu’au final, on peut rêver toute sa vie, c’est ce qu’il y a là, devant nous, qui compte au final.

 

Source.

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Violence ordinaire

(Merci au Loup pour ce titre si équivoque)

 

Harcèlement scolaire.

Harcèlement de rue.

Harcèlement morale, physique… Avec le cancer, c’est le nouveau mal de notre siècle et de notre génération surtout. Pas que ça n'existait pas avant mais qu'on en parle, enfin.

 

Source.

 

Quand je disais à ma mère que je n’en pouvais plus des remarques incessantes des uns et des autres, des remarques qui commençaient dans la rue en allant vers le bus le matin et qui ne finissaient qu’en claquant la porte de chez moi le soir, je n’avais en retour que des  "ça va passer", "c'est supportable" ou bien "il y a pire dans la vie".

 

Aurait-elle pu se douter que je tenterais de me suicider à cause du harcèlement que je vivais chaque jour, depuis que je suis rentrée à l’école primaire ? Qu’au lycée, lasse d’attendre que les gens "changent et grandissent" j’ai fini par croire à ce qu’ils disaient et j’ai cassé mon miroir de poche pour me couper les veines car, je cite, "je ne sers à rien", "je suis moche" et "personne voudra jamais de moi".

 

La réponse est oui. Oui elle aurait du le voir, les professeurs, les surveillants, les autres élèves, ils auraient tous dû le voir mais ils ne le voulaient pas. Soit parce qu’ils s’en foutaient, c’est très probable que je me trouvais bien en dessous de la liste des courses de la semaine et de la visite de belle-maman dans leurs préoccupations. Soit parce que ça leur aurait demander de changer car quand tu décides de défendre quelqu’un qui subit des moqueries tu choisis le camp de ceux qui ne se moquent pas (ou alors tu as un putain de problème psychologique et la schizophrénie te guette), que les moqueries soient répétées ou non. Combien de gens n’aiment pas se moquer des autres ?  Pas beaucoup, crois-moi.

 

Il y a ceux qui se gaussent, la main devant la bouche, de la fille deux rangs devant qui a de grandes oreilles et qui pensent qu’elle ne les entend pas.

Il y a ceux qui papotent sur un forum et se moquent de tous ce que Ils considèrent comme un défaut sans se soucier de ce peuvent ressentir les gens.

Il y a ceux qui vont plus loin que les mots et qui bousculent la fille qui fait du 40.

Il y a ceux qui font mal, qui frappent, volent, soulèvent les jupes, tirent les caleçons, crachent sur le visage, pissent sur les affaires… Je pourrais continuer à l’infini tellement l’esprit humain est si créatif en matière de torture.

 

Faut-il juger différemment ces agressions qu’elles soient verbales, physiques ou les deux ? Y a t-il une bonne et une mauvaise moquerie ? Voudrais-tu vivre un seul de ces moments ? Voudrais-tu vivre un seul de ces instants où tes yeux se baissent, les larmes sur le point de couler, les lèvres serrées, regardée, épiée, honteuse ?

 

Je ne crois pas qu’un seul être doué de raison puisse vouloir ça (mais si c’est le cas je t’invite à commenter) ni vouloir que l’un de ses proches vivent ça.

 

L’humain est idiot par nature, il agit puis réfléchit quand il lui prend l’envie de réfléchir ! On se moque de lui ? Alors il va faire la même, y’a pas de raison.

 

C’est vraiment ça que l’on apprend à nos enfants ? C’est dans cet ambiance malsaine de vengeance et de réflexion sur soi-même que nous vivons ? Oeil pour oeil, dent pour dent ? Et si ton fils ou toi êtes plus faibles que les autres alors vous avez perdu ? N’est-ce pas ça l’injustice ?

 

Ne serait-il pas plus sensé, juste et de bon sens que d’apprendre à nos enfants de ne pas faire aux autres ce qu’ils ne veulent pas que les autres leur fassent ?  De leur apprendre à réfléchir à la portée de leurs actes avant de parler et d’agir ? Que blesser quelqu’un moralement ou physiquement n’est ni drôle, ni un jeu ?

 

En ce moment, le ministère de l’éducation français lance une campagne contre le harcèlement scolaire, premiers objectifs : briser la loi du silence, dénoncer les moqueries, pointer du doigt ces actes devenues banals pour tout le monde. 

 

Hélas, une seule campagne ne changera rien. C’est à nous, tous les jours, de faire en sorte que ça change.

Ça ne va pas s’arrêter tout seul, ton enfant /ta soeur/ton neveu ne va pas arrêter de subir toutes ses moqueries en claquant des doigts. Il faut mettre les pieds dans le plat, faire remarquer aux gens la portée blessante de leur propos, parfois se faire regarder de haut par ces gens qui pensent que ce ne sont "que" des mots mais savoir à chaque fois que l’on a fait le bon choix. Celui de ne pas fermer les yeux, celui de défendre, celui de faire ce que TU aurais voulu que l’on fasse quand TU en avais besoin.

 

Il y a quelques jours, je suis tombée sur trois femmes qui se moquaient de Kristen Stewart, de son visage plus particulièrement, sur Twitter. Ça n’a peut-être rien de choquant pour vous et c’est grave ! Ça veut dire que les moqueries sont devenues communes pour trop d’entre nous… Quelle est la différence entre se moquer d’une star, de ton petit voisin grassouillet ou d’un autiste ? Aucune, voilà pourquoi ce genre de comportement est abject.

Je leur ai fait remarquer leur attitude irrespectueuse (c’est le terme que j’ai employé) et j’ai eu en retour de l’une d’entre elle (la première s’est excusée, la troisième n’a pas moufté) :

 

 

Alors déjà, je vais être très claire : ton clin d’oeil tu peux te le garder, je n’ai rien en commun avec quelqu’un comme toi, quelqu’un qui pense que se moquer du physique de quelqu’un "c’est pas bien grave". Vas dire ça aux 6% à 7% d’élèves scolarisés qui subissent un harcèlement sévère, vas dire ça à Pauline 12 ans qui s’est suicidée en 2012 suite au harcèlement qu’elle subissait de ses camarades et vas le dire aussi à Marion, éteinte en 2013  encore une fois suite à des moqueries répétées. Et si dans tes propos, tu ne visais que les adultes, vas dire ça à tous les femmes et les hommes qui ne sont pas dans la norme, à tous celles et ceux qui ont un handicap, tous ces femmes et ces hommes qui ne sont pas comme dans les magasines et qui vivent chaque jour les moqueries des gens dans le bus, dans le métro, dans la rue ou au travail.

 

Aucune moquerie n’est "pas bien méchante". Elles ont toutes un impact plus ou moins fort et c’est en  pointant du doigt ce genre de comportement  et en montrant aux adultes qu’ils sont l’exemple de nos enfants que des Pauline ou des Marion continueront à vivre.

 

Commentaire (17) Clics: 1781

Un papa contre tout ce que j'ai

Mon père n’est pas l’homme qui jetait ma mère dans les escalier. Il n’est pas celui qui n’ouvrait jamais la bouche à moins d’avoir une insulte à te dire. Il n’est pas non plus celui qui te montre les premiers billets d’euros édités en 2002 et te dit “tu vois cet argent ? Il n’est pas à toi”. Non, il n’est pas non plus celui qui te crie dessus car tu as raté ton bac au point de te faire pleurer dans la chambre de ta soeur alors que lui-même n’est pas allé plus loin que le Certificat. Assurément, il n’est pas cet homme qui s’est laissé convaincre par sa maitresse de la choisir elle plutôt que sa fille. Jamais mon père ne sera l’homme qui, chaque jour, te fera pleurer en voyant d’autres père car toi, le tien, il ne t’adresse même pas la parole s’il mange à la même table que toi.  

Non, mon père n’est pas cet homme là. Mon père est mort le jour où je l’ai vu levé la main sur ma mère, j’avais 5 ans.

 

Cher Papa Noël, cette année  je ne veux ni maquillage ni vernis (nan je ne suis pas devenue folle, j’ai déjà orga ça avec ma famille), je veux un papa. Un avec des grands bras pour me faire des câlins mais pas trop grand pour que je ne me casse pas le coup à lui faire des bisous, avec de la barbe parce que tout est mieux avec une barbe et assez intelligent pour savoir quand j’ai besoin d’un chocolat chaud avec du miel. J’aimerais aussi qu’il sache monter des meubles parce que toute seule c’est dure et aussi qu’il sache dire je t’aime. Merci.

 

Commentaire (14) Clics: 1647

On fait l’bilan, le même itinéraire mais pas le même destin.

Non on n’a pas toutes le même destin, je ne serais jamais une Mouchtique ou une Tête de Thon et en même temps, ça ne m’intéresse pas trop non plus.

 

 

 

Premier article publié le 22 septembre 2012. Pourquoi ? Pourquoi avoir commencé, pourquoi avoir voulu moi aussi ma petite part du gâteau ?

Je ne vais pas te faire le couplet de l’échange avec mes lectrices parce qu’au vu du peu de personnes qui commentent je serais bien déçue ! ;) Le partage, je ne l’attends pas de ce côté-là.

Je l’ai fait pour exister. Certains aiment les sensations fortes, d’autres construisent des choses, inventent des trucs trop utiles sauf que moi, je sais rien faire de mes doigts à part écrire (et encore). Dans mon groupe de pote, au collège, je me sentais si frustrée ! Je n’étais pas celle qui savait chanter (crois moi, tu remercies le Ciel que ce blog ne soit pas en Son et Lumière), pas celle qui savait dessiner, pas celle qui savait écrire des poèmes trop poignants ou des textes qui te font réfléchir. Non j’étais la dernière, l’autre. Celle qui n’est pas mauvaise mais qui n’est pas la meilleure. Même pas dans Un truc.

Sauf que, moi aussi j’ai envie de montrer que j’ai réussi quelque chose dans ma vie. J’ai envie de montrer qui j’étais, montrer aux gens que j’existe et que j’ai existé ! Quand mes futurs-furturs petits enfants se demanderont qui ils avaient dans leur famille et bien ils tomberont sur mon blog (ça n’est pas un secret pour ma famille) et ils sauront. Ils auront un petit bout de moi, un petit bout de ce que j’ai vécu et de pourquoi ils existent. Ils tomberont peut-être sur cet article et ils liront que je les aime déjà d’avance, qu’imaginer créer une famille avec le Loup est la chose qui me fait sourire alors qu’il me traine sur 10 Km sur le Mont Royal par -7.

J’ai aussi envie de prouver qui je suis, j’ai envie qu’ils soient tous fiers de moi, de ce que j’ai fait. J’ai envie de prouver que je ne suis pas celle qui crache par terre, agresse des passants ou détourne les yeux quand on a besoin d’elle.  Je ne suis pas comme les autres de ma génération, j’essaye de faire bouger les choses à mon échelle et peut-être que je suis une putain de dictatrice qui voit la vie en blanc ou noir et qui te raye de sa vie si tu n’as pas les mêmes valeurs que moi mais c’est aussi ça qui fait que l’on m’adore. Ça va,  niveau valeurs je ne suis pas non plus dans la demande de ouf ! J’attends de mes amis et de ma famille de ne pas voler/agresser/tuer/faire aux autres ce que tu ne veux pas que l’on te fasse et de respecter les autres. Je pense que déjà, si tu te conduis avec respect tout le reste suit forcément.

Soyons honnêtes, je l’ai fait pour moi, égoïstement pour prouver qui je suis. Pour n’être pas qu’une parmi toutes les filles nées en 1989.

 

Je dédie cet article à Decay qui se demande pourquoi elle blogue, ce qu’elle peut dire de plus. Tellement de chose Decay, tellement ! Tu as tellement à prouver, tellement à montrer aux autres ! Tu n’as pas fini de mettre ta patte sur le monde qui t’entoure, tu viens seulement de commencer. Qui sait, dans quelques années tu feras partie d’une énorme opé pour combattre la maltraitance des femmes ou les tests sur les animaux et on dira : « je m’en doutais, je le sentais en lisant son blog ». Tout commence par un petit bout et ce petit bout c’est ton blog. Un jour tu l’arrêteras car il ne te suffira plus pour exprimer ce que tu veux mais pour l’instant il est le tremplin vers  ton destin.

Chaque fois que je vais sur mon blog, je me dis avec fierté que j’ai réussi à faire ça. Ouais, moi la fille qui abandonnait avant même d’avoir ouvert son Kinder j’ai pris de mon temps pour faire cet espace. Qu’il plaise ou non je m’en contre-fous. C’est à moi, c’est moi qui l’ai fait et je suis fière de moi.

 

N’empêche, c’est quand même cool de pouvoir parler à des gens alors je remercie toutes celles et ceux qui sont passés par là et qui ont lu cet article (ou les autres). Merci de me permettre de me dire que je ne parle pas dans le mur et que peut-être ce que j’écris change un peu les choses.

Commentaire (15) Clics: 2003

La différence entre celui qui est jugé et celui qui juge : les deux ne regardent pas par le même bout de la lorgnette

 Citation de Marthe B. Hogue, auteur Quebecois.

 

 

 

Source.

 

Lorsque l’homme juge sans faits alors on parle de jugement moral. L’homme décide arbitrairement que ce qu’il estime moral pour lui doit l’être pour tout le monde, pareil pour ce qu’il juge immoral. La notion de jugement est étroitement liée à celle du pouvoir. Je juge que ceci est bien donc tout le reste est mauvais. Et sans avoir besoin de le dire ouvertement, ce qui est mauvais doit disparaitre.

 

Ce qui est dérangeant dans ce prédicat, c’est que le simple fait d’appliquer un jugement moral n’est pas moral. Dicter sa conduite à quelqu’un, juger la conduite de quelqu’un sur des critères d’un autre ordre que la loi rend le juge aussi coupable que le criminel.

 

De plus cela amène la question :  « Ce qui est différent de moi doit-il disparaitre ? ». Sans placer un point Godwin plus vite que mon ombre je pense que vous pouvez trouver un tas d’exemples dans votre entourage ou mondialement prouvant que ces méthodes n'ont pas fait leurs preuves et qu'elles n'amènent à rien.

 

Car si une personne est différente de toi tu es donc différente d’elle. Qui doit gagner ? Qui va avoir le dernier mot, car c’est de cela qu’il s’agit. Comme l’a si bien résumé le simulateur dans le film WarGame (1983) : « The only winning move is not to play » c-a-d qu’il y a des batailles où il n’y a pas de gagnant et que si l’on continue de jouer tout le monde perdra. Dans le film, il est question de guerre nucléaire et de l’accumulation de force nucléaire pour garder un status quo et pousser les dirigeants des pays à ne pas commencer la guerre car tout le monde perdra et mourra.

 

Je pense que cette notion est compréhensible par tout le monde, c’est quelque chose dont on parle très tôt en cours, dès le collège pour moi et il y a toujours eu des gens pour dire « Oui mais et si lui il avait.. ». Non, quelque soit les possibilités, quelque soit les dommages plus ou moins importants que se causeront les pays entre eux, tout le monde sera perdant. Il y aura toujours quelqu'un de plus fort que le plus fort.

 

Le jugement moral, c’est la même. Si tu juges quelqu’un ou quelque chose alors tu veux détruire ce quelqu'un ou cette chose. Qui empêchera alors ce quelqu’un ou cette chose de faire de même ? Il n’y a pas de possible rapport de force dans cette bataille. On est tous à égalité.

 

Je n’aime pas les amandes, je trouve ça vraiment dégueulasse, c’est une question de goût. Partons du principe que je veuille faire disparaitre du monde tous ceux qui mangent des amandes parce que beuurrrkk c’est à cause d’eux que je m'en tape sur mes croissants au chocolat. Que va-t-il se passer ? Ce sera une bataille entre ceux qui aiment les amandes et ceux qui ne les aiment pas mais il n’y aura jamais de gagnant. Il ne peut pas y avoir de bon ou de mauvais gout. Il y a le gout, le jugement de gout et c'est tout. Il est unique à chaque personne et générique à des sociétés (société au sens un groupe d’individus).

 

C’est la différence entre le jugement de fait et le jugement de goût. Exemple : « Cet homme est obèse » -> jugement de fait, tu peux tout à fait prouver que cette personne est atteinte d’obésité, c’est une maladie, c’est mesurable. « Cet homme est gros » -> jugement de goût car qu’elle est la mesure de gros, qu’est ce qui détermine la taille zéro, la taille de référence qui, si tu es en dessous ou au dessus définie la maigreur et la grosseur ?

 

De tout temps, dans toutes les sociétés, cette taille zéro fut différente, dans l’esprit des gens d’une même société cette taille va varier, ce n’est donc pas quelque chose que l’on peut asséner comme une loi universelle. Pour citer Kant, la loi morale « Agis d'après une maxime telle que tu puisses toujours vouloir qu'elle soit une loi universelle ». L’exemple le plus commun est celui du vol mais il peut s’appliquer à tout et je vais donc continuer sur mon fil conducteur qui est le poids :  Faut-il être mince ? Faut-il faire 45 kilos ? Non. Car cela ne serait pas possible pour certaines personnes, car le physique est vraiment différent de chacun, 45 kilos sur moi c’est nickel, sur mon mec il serait rachitique. Si cette « loi » était appliquée elle serait dangereuse pour les individus, elle ne peut donc pas être universelle et n'est donc pas morale dans le sens bien. Si une loi pousse les gens à se détruire cette loi n'est pas viable ni applicable.

 

Et on va où, comme cela ? Où est ce que je veux en venir ?

 

Mon propos est de vous faire réagir lorsque vous vous permettez un jugement moral sur quelqu’un ou quelque chose. Vous faire comprendre que lorsque vous jugez quelque chose en bien ou en mal vous insinuer, des fois c’est plus qu’insinuer, que le reste doit disparaitre, que ce qui est mal doit disparaitre. Car oui, ce qui est mauvais doit disparaitre, ça c’est universel. Les champignons sous vos ongles sont mauvais pour votre santé, ils doivent disparaitre car les garder n’est pas viable (en vrai, vous n’allez pas en mourir mais vous voyez ce que je veux dire). En revanche, le choix de ce qui est mauvais ou bien n’est pas universel et il est vraiment dépendant des gens, de leur morale, de leur éducation, de leur croyance, des faits...

 

Vous seriez donc des Dieux pour vous permettre de juger de qui ou de quoi doit exister ? Qui êtes vous sur terre pour décider cela ? Et si quelqu’un se permettait de faire la même chose, de vouloir vous faire disparaitre car vous ne correspondez pas à ses critères, ne seriez-vous pas en droit de vous rebeller, d’arguer que « tous les goûts sont dans la nature », « qu’il y a de la place pour tout le monde », « que la liberté d’expression, ce n’est pas pour les chiens ». Et vous auriez raison, entièrement raison. Commencer à juger quelqu’un c’est commencer une guerre qui ne se finira que par la mort de tous ses combattants. Ça n’est pas viable.

 

La prochaine fois que vous émettrez un jugement, vous vous demanderez : cette loi est-elle universelle ? Peut-elle s’appliquer à tout le monde et enfin, si elle n’est pas appliquée, la société va-t-elle se détruire ? Lorsque Kant parle de la loi morale, si on ne peut voler c’est parce que cela détruirait la société dans laquelle nous vivons si tout le monde volait car il n’y aurait plus de propriété individuelle ou de propriété de groupe, les gens se voleraient mutuellement, cela mènerait à la jalousie, à la haine, à la guerre puis à la mort. En contre exemple, si on peut porter du rouge c’est que cela ne changerait rien à la société si on interdisait de le porter, la société n’en serait pas touchée dans son fondement politique. Donc non, tu ne vas pas porter au bûcher la dame dans le métro qui a décidé qu’aujourd’hui était un jour rouge et qui en est habillé des pieds à la tête.

 

Tant que l’on parle de la liberté d’expression, j’aimerais rappeler que cette liberté est là pour permettre aux gens d’émettre un avis, quel qu’il soit tout en respectant les règles de non calomnie et non diffamation. On peut dire que l’on aime pas une peinture ou un artiste, je n’aime pas Balzac, par exemple. Ses bouquin sont imbuvables mais je n’ai pas le droit de dire que Balzac c’est qu’une grosse merde à chiotte et que bien fait qu’il soit mort. Non, cela n’est plus de la liberté d’expression puisque je serais en train de calomnier Balzac. La liberté est telle car elle est régie par des règles. Comme le bien existe car le mal est son opposé, la liberté existe car l’entrave existe. Ce n’est pas parce que l’on n’est libre que l’on est pas sujet, soumis à des règles.

Donc non, tu ne vas pas hurler à cette dame en rouge qu'elle te file la gerbe. "La liberté d'expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture sans lesquels, il n'est pas de « société démocratique " , Cour d'Europe 1976.

 

Aujourd’hui, j’ai lu un texte qui m’a choqué de par son propos haineux, hargneux envers tout un tas d’individus dont il reprochait et condamnait les actes. Autant cela pourrait passer si ce texte condamnait des pédophiles, des violeurs, des dictateurs et j'en passe. Non, il condamnait des personnes qui ont envie de faire les soldes le premier jour des soldes. Oui, vous avez bien lu. Et pour cette raison et si toi aussi tu fais les soldes le premier jour des soldes tu ne mérites que de disparaitre car tu es inutile à la société. En fait, tu es inutile à la société utopique rêvée par l’auteur du texte.

 

Je vais passer sur tous ce que ce texte pointe sans autre argument que « Puisque moi je .. Alors toi tu.. ». Hélas pour l’auteur de cet article, le monde, la société n’est pas comme ça et heureusement j’ai envie de dire. Libre à toi d’aller créer ta mini société indépendante avec des gens comme toi mais sache, qu'à un moment il y aura forcément une différence entre toi et l’un des autres membres de ton groupe. Et qu’à force de vouloir supprimer les différences, ces différences qui ne te plaisent pas, tu finiras tout seul car tout le monde est unique.

 

 

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